• Nébule

Pensées et Hypersensibilité

L’eau chaude brûle ma gorge. Je la sens envahir mon torse, se déposer dans mon estomac, répandre sa chaleur en mon fort intérieur. Il règne un froid glacial, mais le soleil perce la fenêtre d’une lumière blanche éclatante. Aujourd’hui, j’irai bien.


Prise de recul

Il arrive parfois un moment de vie où on perd pied, où on devient « autre chose ». Une distance abrupte se matérialise entre moi et le temps, entre l’être et le néant. J’ai la sensation de voir ma vie de haut, d’être à côté de moi-même à contempler ce que le pantin de mon esprit accompli lorsqu’on lui retire ses cordes.


Ravage

Doute

Vide

Contemplation

Effroi

Puis le silence.


J’ignore si je vais bien ou mal. Je crois que je suis simplement là, et que ce sentiment m’est devenu insupportable. Je cherche alors le feu, celui de l’eau bouillante qui s’écoule dans mon dos pendant de longues minutes sous la douche, le feu du thé que je bois les yeux fermés, le feu d’un bain trop chaud qui embrase mes chevilles, mes cuisses, ma taille, puis tout mon corps.

Mais je cherche aussi le feu qu’allument un sourire en moi, une caresse sur l’épaule ou encore un baiser. Je cherche des pulsions de vie.


Immobilisation


Certain.e.s l’ont déjà perçu dès mes premiers articles, je suis ce que l’on appelle une personne hypersensible. Jusqu’à 20% de la population serait hypersensible, c’est-à-dire ressent les émotions d’une manière bien plus extrême que la moyenne. Non, nous ne sommes pas des serpillières qui passons nos vie à pleurer, au contraire, la difficulté à exprimer la multitude de sentiments que nous vivons est palpable dans un monde où tout s’aseptise au profit de l’image. J’ai également 3 sens très développés qui me font percevoir le monde d’une manière intense : le toucher, la vue et l’odorat. J’ai toujours été décalée. Pas dans le sens « originale » ou « regardez comme je suis différente vive moi », mais plutôt à côté de la plaque. J’ai une pensée très axée sur l’intelligence du langage et ai souffert pendant ma scolarité d’un manque d’adaptation aux autres. Sauf que -plus rare- je suis une hypersensible extravertie, donc je me nourri du contact avec autrui, j’ai un vrai besoin d’interaction sociale qui me donne de l’énergie. Par conséquent, j’ai eu beau essayer de communiquer avec les autres, j’étais toujours cette « meuf bizarre », celle qui n’est pas méchante mais dérangeante. Lors de conversations banales, j’avais un langage trop soutenu ou des excès de vulgarités, j’ai tout essayé. Mes centres d’intérêt étaient complètement désuets en comparaison aux passions de mes pairs. Je ne me sentais pas supérieure, juste « pas dans le coup ». Avant mes 10 ans, je m’amusais à faire des fiches pour apprendre des règles orthographiques et grammaticales de manière pédagogique ; vers 12 ans, je créais des classeurs sur les divinités égyptiennes et regardait des documentaires à longueur de journée. Dès mes 13 ans, j’ai entrepris une quête pour savoir quelle conception de Dieu était la plus plausible. Je me déclarais agnostique dès mes 15 ans, découvrant toute la pensée sceptique. Dès mes 17 ans, j’ai arrêté de lire des « histoires », je ne tolérais plus que les essais philosophiques ou ce qui y ressemblait car je ne supportais pas que ce que je fasse ne serve pas ma soif de savoir.

Impossible de me divertir. Impossible d’aimer simplement. Impossible d’être en colère pour ma part. Impossible de tolérer l’injustice. Impossible de ne pas être moi.


Accélération


S’il y a une chose que je ne comprends pas dans ce monde, c’est le mal des hommes. Je pensais que cette idée disparaîtrait avec l’âge, mais elle s’intensifie, se précise et se concrétise. Au quotidien, en quelques années, ma vie à changé. Face à la violence du monde, je me suis créé un carcan de bienveillance et de lutte contre l’injustice, à ma hauteur. Je ne développerai pas ici mes engagements politiques et éthiques, mais je pense que les personnes comme moi sauront de quoi je parle. Je fais tout ça pour être en accord avec mes pensées. Je suis extrémiste pour une grosse partie de la population, mais je ne peux pas être autrement. On pense souvent de moi que j’ai reçu une éducation religieuse, mais il n’en est rien. Je n’attends rien en retour de mes actions, je n’espère ni paradis ni karma bénéfique. Je fais, c’est tout.

Si les émotions sont souvent intenses, elles n’en sont pas moins magnifiques. Je ne changerais ce que je suis pour rien au monde. Les moments de vide ou de déprime sont difficile à vivre mais très facile à repérer car l’apathie ne nous correspond pas. L’énergie dépensée dans mes émotions est colossale, mais je ne supporte pas de ne plus rien sentir. J’existe car je sens un éventail de sensations immense chaque jour. Je sens les auras des autres, je m’en nourris et suis amenée à en souffrir ou à m’en réjouir. Même si désormais, je sais que tenter d’exprimer ce que je ressens est vain ou paraîtra surfait, j’en suis pleinement heureuse et cherche à aller aux limites de cette merveilleuse capacité à sentir la vie.



N’hésitez pas à m’envoyer des témoignages si vous êtes vous-même hypersensibles dans la section contact du site, j’échangerai avec vous avec plaisir 🙂

Nébule.

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