La Dame en Gris

Il y a peu de temps, la Dame en Gris est venue me rendre visite. Aussi terrible qu'inattendue, elle m'a réveillée de son souffle tiède un matin d'hiver. Calme et perfide, son sourire trahissait la douceur de son regard. Tandis que je me levais, vacillante, tentant d'avancer vers je ne sais quelle échappatoire, elle se contentait de m'observer me débattre. Les deux mains sur la gorge, je tentais de reprendre ma respiration ; les perspectives devenaient floues, le plafond disparaissait et le sol ondulait à mesure que l'air me manquait. Une pensée fugace traversa mon esprit : "Est-ce aujourd'hui ?". L'espace d'un instant, je me demande si cela vaut la peine de lutter. Et pourtant, quelque chose en moi met déjà tout en place pour survivre. L'imprévu force la machinerie à donner tout ce qui est en son pouvoir pour continuer de fonctionner. Alors la Dame en Gris vint poser une main chaude sur mon épaule. Je ne savais plus si elle se moquait ou si elle me rassurait. Combattant pour ne pas perdre conscience, j'énumérais mes possibilités de survie, les chances qu'elles aboutissent et les risques qu'elles échouent.


C'est mon corps qui pris la décision avant mon esprit. Il faut vivre. Il faut que cela continue. Toute la mécanique organique s'emballa. Mon cœur battait plus fort que jamais. Mes poumons brûlants aspiraient le mince filet d'air que ma gorge pouvait laisser filtrer. Ma vue devint plus nette et je pu enfin courir. Aucune pensée ne muait mes actes, si ce n'est le constat de mon insignifiance. Renvoyée à l'absurdité même de mon existence, j'étais là, enrôlée dans un duel contre une force invisible.


Tout au long de mon périple, la Dame en Gris me suivit. Parfois assise au fond dans la pièce, parfois assise sur le coin du brancard, entre deux battements de paupières. Quelques heures plus tard, une fois le danger écarté, elle vint me réveiller d'une caresse tendre sur la joue. Je me redressai, puis tentais de discerner son visage. C'est alors qu'elle s'éloigna, toujours silencieuse.


Enfin, dans un dernier regard, j'aperçu un rictus désolé qui présageait son retour proche.


Illustration : Carlos SCHWABE - La Mort du Fossoyeur, 1898-1900

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